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Full text of "Partie 03- Mythologie des Perses- Jules Raymond Lame Fleury: La mythologie racontee aux enfants "

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LA 

MYTHOLOGIE 

RACONTÉE AUX ENFANTS 

1 'Ml LAMÉ FLEURY 

NOUVELLE ÉDITION 



PARIS 

C. BORHÀNI, LIBRÀIRE-ÉDITEOR 

liJF SIS SAlUTBrfcMS, & 

1&72 
GEORGE R. LOCRWOO» 



MYTHOLOGIE 

DES PERSES. 
LES MYSTÈRES DE MITHRÀ. 



Comme dans l'histoire du grand Cy- 
rus, mes enfants, je vous aï beaucoup 
parlé des Perses qui renversèrent l'em- 
pire des Mèdes, il faut que j'essaye de 
voue donner ici quelque idée des dieux 
qu'adoraient ces peuples dont nous avons 
admiré ensemble la sagesse et la sobriété ; 
car vous vous rappelez sans doute que, 
chez eux, les jeunes gens étaient nourris 
de pain et de cresson, ce qui ne les em- 
pêch&it pas de devenir des hommes forts 
et courageux. 

Or, vous allez sans doute être bien 
surpris, lorsque vous saurez que les an- 
ciens habitants de la Perse ne connais- 



28 LES MYSTERES DE MITHRA- 

saient d'autres divinités que le feu, l'eau, 
la terre et l'air, et surtout le soleil et la 
lune; mais ils ne leur élevaient point de 
temples ni d'autels, et c'était sur le som- 
met des montagnes qu'ils leur offraient 
en sacrifice la vie de quelques pauvres 
animaux, 

À présent, vous comprendrez aisément 
que pour des peuples qui adoraient le 
soleil et le feu, il n'y avait rien de plus à 
craindre que la nuit et l'obscurité; aussi 
lorsqu'ils remarquèrent que la lumière 
disparaissait chaque soir, ils imaginèrent 
que quelque divinité malfaisante l'obli- 
geait à se cacher, et comme il fallait don- 
ner un nom à ce dieu méchant, ils Fap- 
pelèrent Ahriman. Le ténébreux Ahriman 
devînt, pour eux, l'ennemi du dieu bon 
qui donnait le jour, auquel ils donnèrent 
le nom d'QiufftJZD, 

Ormuzd et Ahriman furent donc tes 
principales divinités des Perses. Ils attrU 
huèrent au premier tous les biens, la vie, 
la santé, la fertilité de la terre, la créa- 
tion de toutes les choses utiles, la lumière 



LES MYSTÈRES DE MlTklRA. 29 

surtout; et au second tous les maux, la 
maladie, la stérilité de la terre, la créa- 
tion de toutes les choses nuisibles, et en- 
finies ténèbres qu'ils avaient en horreur. 
La demeure d'Ormuzd était supposée 
dans le ciel, que soutenait une haute 
montagne, et où Ton arrivait par un pont 
merveilleux, gardé par un chien fidèle. 
Àhriman, au contraire, devait habiter 
d'affreux abîmes» où la lumière du jour 
ne pouvait pénétrer. Tous deux avaient 
pour compagnons de bons ou de mauvais 
génies, chargés d'accomplir leurs volon- 
tés sur h. terre. 

Si vous avez bien suivi, mes enfants, 
ce que je viens de vous dire, vous saisi- 
rez facilement le rôle que jouaient chez 
les Perses ces dieux si différents l'un de 
Fautre. Aussi appelaient-ils Ormuzd, le 
roi des génies blancs» et Àhriman, le roi 
des génies noirs, et ils imaginaient que 
chacun d'eux devait être dans une guerre 
perpétuelle avec l'autre, parce qu'en ef- 
fet le bien est toujours opposé au mal, 
comme le jour Test à la nuit* 



30 LES MYSTÈRES DE MIT! IRA. > 

Ainsi ces jolies fleurs dont vous aimez 
tant à respirer l'odeur dans les jardins, 
ce petit chien blanc qui vous aime et vous 
caresse, cet oiseau qui chante avec tant 
de gaieté quand il voit le beau temps, 
tout cela, si vous aviez été élevés chez les 
Perses, vous aurait paru un présent du 
bienfaisant Ormuzd. Au contraire, ces 
chardons piquants qui vous ontécratigné 
le visage en traversant le jardin du voi- 
sin, cette vilaine couleuvre qui a tenté 
de piquer votre petit chîen blanc, ce hi- 
bou ai triste qui se retire dans ce vieux 
chêne, de peur de voir le jour, tout cela 
vous aurait semblé l'ouvrage du noir 
Àhriman. Les jours de congé, Ormuzd 
aurait donné le beau temps, et Ahriman 
aurait causé la pluie. 

Mais entre ces deux divinités si diffé- 
rentes Tune de l'autre, il y en avait une 
troisième qui tenait le milieu, et empê- 
chait Àhriman de remporter sur Orra uïd ? 
comme Vichnou, chez les Hindous, se pla- 
çait entre le créateur Brahma et Siva le 
destructeur : c'était Mithia, ou le soleil, 



LES MYSTÈRES DE MITIÎRÀ. 31 

cet astre bienfaisant qui ne permet ni à 
la lumière ni aux ténèbres de triompher, 
puisqu'il fait incessamment succéder le 
jour a la nuit. On l'adorait souk l'image 
du feu, et au lieu de ces temples magni- 
fiques dont je vous ait fait ailleurs la des- 
cription, citait dans de sombres cavernes 
qu'on lui rendait un culte mystérieux., 
Les prêtres de Mithra étaient ces mages 
dont parle si souvent l'histoire ancienne, 
et 4e plus ancien d'entre eux se nommait 
Zojwa£tee; c'était à lui que l'on attri- 
buait l'invention du culte du feu, pour 
rendre jeu soleil, sur la terre, des hon- 
neurs divins. 

Maintenant, mes enfants, il faut que 
je vous dise que tous les Perses n'étaient 
pas indifféremment admis par les mages 
à célébrer le culte de Mithra dans les 
cavernes sombres où ils l'avaient établi. 
Ceux qui souhaitaient avoir la permission 
d'entrer librement dans ces grottes sa- 
crées devaient se soumettre à des épreu- 
ves qui souvent rebutaient les plus cou* 
rageux, tant elles étaient rigoureuses. Ce 



32 LES MYSTÈRES DE MITHRA- 

n'était qu'après les essais les plus péni- 
bles qu'ils étaient instruits des secrets de 
ce culte, que Ton nommait les mystères 
de Mithrà. Ces épreuves, à la vérité, 
étaient sagement établies pour écarter les 
curieux et les indiscrets, car on les plon- 
geait alternativement dans l'eau et dans 
le feu ; on les faisait jeûner dans un désert 
pendant cinquante joursj au bout des- 
quels ils étaient enterrés dans la neige 
pendant vingt autres journées. Enfin, 
lorsque la curiosité leur avait fait suppor- 
ter courageusement ces cruelles souf- 
frances, un mage les conduisait dans L'en- 
droit le plus secret de la caverne, où ils 
apercevaient au fond d'une grotte lumi- 
neuse, tapissée de verdure et arrosée par 
quelque fontaine limpide, un beau jeune 
homme qu'on leur disait être le dieu 
Mithra. 

Les mages enseignaient en même temps 
à leurs inities (c'était le nom qu'ils don- 
naient à ceux qui avaient été admis aux 
mystères), qu'un jour viendrait où Or- 
muzà et Àhriman se livreraient un der- 



1 



LES XY5T£H££ DE MIT LIRA. 3i 

nier combat, après lequel le monde re- 
nouvelé par le feu deviendrait une terre 
nouvelle, que le brillant Mî titra éclaire* 
raït de ses rayons. 

Lié culte mystérieux de cette divinité 
perse fut apporte et pratiqué à Rome 
pendant plusieurs siècles» Dans les pre- 
miers temps, on y sacrifiait des victimes 
humaines; mais l'empereur Adrien dé- 
fendit ces sacrifices horribles, qui ne fu- 
rent renouvelés que sous les empereurs les 
plus cruels, tels que Commode et Elaga- 
bale. 

Les Perses qui n'avaient point de 
temples, comme les Grecs et les Romains, 
n'élevaient pas non plus de statues à leurs 
dieux. On ne connaît point d'image qui 
représente Ormuzd et Àhriman; et lors- 
que Mithra est figuré sur leurs monu- 
ments^ c'est toujours sous la forme d'un 
beau jeune homme coiffé d'un bonnet 
asiatique, et immolant, à l'entrée d'une 
caverne, un taureau sur lequel îl est assis fc « 

1. PI. II, fig. 3. 



34 LES MYSTÈRES DE MITHRA. 

Ge tableau, dans lequel figurent deux 
mages, dont l'un tient une torche allu- 
mée, el l'autre une torche renversée, 
pour représenter le jour et la nuit, est 
sans doute celui de quelque sacrifice usité 
pendant les mystères de Mîthra, ou peut- 
être, selon plusieurs savants, l'image de 
quelque grande découverte astronomique 
sur la marche du soleil* 

Ce que je vieus de vous raconter de la 
mythologie des Perses, mes enfants, ne 
vous a peut-être pas intéressés autant 
que je L'aurais voulu* maïs il était néces- 
saire que vous en apprissiez quelque 
chose, parce que nous trouverons plus 
tard des fables qui s'en rapprochent, et 
sur lesquelles vous serez bien aises de 
vous arrêter un moment.